Sécurité des fichiers en ligne : les bonnes pratiques
Comment savoir si un convertisseur en ligne envoie vraiment votre fichier, et que vérifier avant d’y déposer un document sensible.
Un bulletin de paie à compresser avant de l'envoyer à la banque, une photo de pièce d'identité à redimensionner pour un dossier de location, un contrat à fusionner avec ses annexes. Le réflexe est toujours le même : taper « compresser PDF » dans un moteur de recherche et déposer le fichier sur le premier site de la liste. C'est précisément le moment où l'on prend le plus de risques, parce que rien à l'écran n'indique ce qui arrive au document après le clic.
Il n'y a pas de règle unique du type « le web c'est dangereux, le logiciel installé c'est sûr ». Il y a des questions concrètes à se poser, et des vérifications qui prennent trente secondes.
La seule question qui compte vraiment : le fichier quitte-t-il votre appareil ?
Deux architectures très différentes cohabitent derrière la même interface « glissez votre fichier ici ».
- Traitement dans le navigateur. Le fichier est lu par du JavaScript ou du WebAssembly exécuté sur votre machine. Il n'y a aucun envoi réseau : le document ne sort pas de la mémoire de l'onglet. C'est le cas des manipulations de texte, des calculatrices, des hachages et de beaucoup d'opérations sur les images.
- Traitement sur serveur. Le fichier est transféré, traité par des bibliothèques installées à distance, puis renvoyé. Inévitable pour la vidéo, le rendu de pages PDF, la conversion HEIC. Le serveur voit alors le contenu en clair.
Sur Convertu, 41 des 60 outils s'exécutent entièrement dans le navigateur ; les 19 autres — PDF, vidéo, suppression d'arrière-plan, HEIC, validateur HTML — passent par le serveur. Cette information doit être disponible avant l'envoi, pas cachée dans les conditions générales.
Comment le vérifier soi-même
Ouvrez les outils de développement du navigateur (F12 sur Windows, Cmd+Option+I sur macOS), onglet Réseau, videz la liste, puis lancez le traitement. Si aucune requête ne part avec le poids de votre fichier — une requête POST de 4 Mo pour un fichier de 4 Mo, ça se repère au premier coup d'œil — le traitement est bien local. Variante encore plus simple : coupez le Wi-Fi juste avant de cliquer. Un outil réellement local termine son travail ; un outil serveur affiche une erreur.
Vos fichiers en disent plus que leur contenu
Le contenu visible n'est qu'une partie de ce que vous transmettez. Les couches invisibles sont souvent plus bavardes :
- Photos JPEG et HEIC. Les métadonnées EXIF contiennent la date et l'heure exactes, le modèle d'appareil, les réglages de prise de vue et, si la géolocalisation était active, les coordonnées GPS du lieu de prise de vue, à quelques mètres près. Une photo d'objet à vendre publiée telle quelle donne l'adresse du vendeur.
- PDF. Le dictionnaire d'informations du document conserve l'auteur, le logiciel producteur, les dates de création et de modification. Un PDF exporté depuis un traitement de texte embarque parfois le chemin complet du fichier source, nom d'utilisateur du poste compris.
- Documents Word. Auteur, dernier modificateur, temps d'édition cumulé, et surtout commentaires et modifications suivies non acceptées. Un contrat envoyé avec ses commentaires internes reste un grand classique.
Pour une image, le plus simple est de la ré-encoder : un redimensionnement ou une recompression reconstruit le fichier à partir des pixels décodés, sans recopier les blocs EXIF d'origine. Un passage par la compression d'image réduit le poids et fait le ménage au passage. Vérifiez tout de même le résultat en ouvrant les propriétés du fichier avant de le diffuser. Pour un PDF ou un document bureautique, contrôlez les propriétés dans le logiciel d'origine avant l'export : c'est là que la correction est fiable.
Chiffrer un document avant de le partager
Le format PDF distingue deux mots de passe, et la confusion coûte cher :
- Le mot de passe d'ouverture (dit « utilisateur ») chiffre réellement le contenu. Sans lui, le fichier est illisible.
- Le mot de passe de permissions (dit « propriétaire ») ne fait qu'inscrire des drapeaux « impression interdite », « copie interdite ». Le document n'est pas protégé : la plupart des visionneuses respectent ces drapeaux par politesse, d'autres les ignorent.
Si l'objectif est qu'une pièce jointe interceptée reste inexploitable, c'est un mot de passe d'ouverture qu'il faut. Convertu permet d'ajouter un mot de passe à un PDF ; comme tous les outils PDF du catalogue, il s'exécute côté serveur, le fichier y est donc traité en clair puis supprimé au bout d'une heure. Pour un document dont le contenu ne doit être vu par personne d'autre, même transitoirement, préférez un chiffrement effectué localement.
Deux règles complètent le dispositif. D'abord, le mot de passe doit résister à une attaque hors ligne : un attaquant qui détient le fichier peut tester des milliards de combinaisons sans limite de tentatives. Une phrase de passe longue ou une chaîne aléatoire d'au moins seize caractères issue d'un générateur de mot de passe tient la route ; « Dupont2024! » non. Ensuite, ne transmettez jamais le mot de passe dans le message qui contient la pièce jointe : une boîte mail compromise livre les deux d'un coup. Un SMS suffit à séparer les canaux.
Vérifier qu'un fichier est bien celui qu'on attend
Comparer deux empreintes cryptographiques règle la question : un seul octet différent change entièrement le résultat. Utilisez le calcul d'empreinte SHA pour un extrait de texte ou une chaîne à comparer : il affiche d'un coup SHA-1, SHA-256, SHA-384 et SHA-512, et le calcul se fait dans le navigateur. Pour un fichier entier, la ligne de commande reste le chemin le plus direct : certutil -hashfile monfichier.pdf SHA256 sous Windows, shasum -a 256 monfichier.pdf sous macOS et Linux. Retenez SHA-256 : MD5 et SHA-1 restent utiles pour détecter une corruption accidentelle, mais on sait fabriquer deux fichiers distincts partageant la même empreinte MD5 — ils ne prouvent plus rien face à une manipulation volontaire.
Cinq fausses sécurités très répandues
- Renommer l'extension. Passer un fichier de .pdf à .txt ne change rien : les octets d'en-tête identifient le format en une seconde.
- Le ZIP sans mot de passe. Une archive n'est qu'un conteneur. Et le chiffrement ZIP historique (ZipCrypto) est cassé depuis longtemps ; seul l'AES-256 proposé par les outils d'archivage modernes a un intérêt.
- Le caviardage au rectangle noir. Dessiner un rectangle par-dessus un texte dans un PDF superpose une forme, il ne supprime pas le texte en dessous : un copier-coller le récupère.
- Le QR code. Un QR code n'est pas un chiffrement, c'est un encodage lisible par n'importe quel téléphone. Ce qu'il contient est public dès qu'il est photographié.
- « HTTPS donc c'est sécurisé ». Le chiffrement TLS protège le transport entre votre navigateur et le serveur. Il ne dit rien de ce que le serveur fait du fichier une fois arrivé, ni de sa durée de conservation.
Quand l'envoi sur un serveur est inévitable
Certaines opérations ne peuvent pas tenir dans un onglet : réencoder une vidéo de plusieurs centaines de mégaoctets, rendre les pages d'un PDF en images, analyser une image pour en détacher le sujet. Le navigateur charge le fichier en mémoire vive, et les limites d'un onglet — très basses sur mobile — sont vite atteintes sur des fichiers lourds. Dans ces cas-là, l'envoi n'est pas un défaut de conception, c'est la seule option.
Avant de déposer un fichier, quatre points se vérifient rapidement :
- La durée de conservation est-elle annoncée en clair ? Sur Convertu, les fichiers envoyés sont supprimés des serveurs au bout d'une heure.
- Faut-il créer un compte ? Un service qui n'exige ni inscription ni adresse e-mail pour une conversion simple n'a rien à associer à votre fichier.
- Où sont les serveurs, et sous quel régime juridique ?
- Que devient le lien de téléchargement ? Une URL de résultat non expirée est une fuite de données qui dort dans votre historique.
Enfin, le tri le plus efficace se fait en amont : classez vos fichiers en trois piles. Les documents publics ou anodins peuvent passer par n'importe quel outil correct. Les documents personnels — factures, photos, courriers — méritent un service dont vous avez vérifié le comportement réseau. Les documents à secret réel — pièces d'identité, données de santé, dossiers couverts par le secret professionnel — ne devraient transiter par aucun service en ligne : traitez-les avec un logiciel local.
Cette hiérarchie vaut mieux que n'importe quelle promesse marketing. Sur Convertu, les outils qui n'ont pas besoin du serveur ne l'utilisent pas ; les autres l'annoncent, offrent une conversion par jour sans inscription, et l'abonnement unique à 7 €/an lève la limite au-delà.